jeudi 24 novembre 2016

Des chaussures neuves

Bonjour Micheline !

Bonjour personnage-qui-pose-des-questions ! Bonjour aux 3 personnes humaines qui me suivent encore ! Et bonjour aux robots russes qui se sont perdus ! (je crois qu’on a fait le tour)


Oui, bonjour bonjour. Quel bon vent te ramène, chère Micheline ?

Eh bien, comme d’habitude, c’est plutôt un vent froid et humide qui m’amène, celui qui se glisse derrière les oreilles, entre le bonnet et l’écharpe et vient glacer la fine peau de ton crâne.

Quelle personne délicieuse tu fais, Micheline !

C’est donc pour parler de ma dernière angoisse en date que je suis revenue :

Et si j’avais choisi les mauvaises chaussures ? Celles qui sont un tout petit peu trop petites sur les côtés, frottent les deux derniers orteils en y laissant la peau rouge et épaissie. Celles dont le vendeur nous a assuré qu’elles allaient se faire, que c’était du cuir donc c’est normal que ce soit rigide au début mais que ça s’assouplit et qu’il faut bien les hydrater toutes les semaines. Celles que 3 ans plus tard on regarde dans la penderie en se disant qu’on les aime bien mais qu’elles font trop mal aux pieds et qu’elles nous ont coûté trop cher et qu’on aurait mieux fait d’acheter un chat à ce prix-là, pfff.

Ah oui, et quand je parle de chaussures je parle en réalité de métier.


Il y a peu de temps, j’ai commencé à exercer ma profession dans un nouvel endroit, avec de nouveaux collègues, une nouvelle organisation, de nouvelles habitudes…

Et je ne vous cache pas que ça a été un peu serré sur les côtés. Que je me suis cognée à quelques coins, fait quelques ampoules et endolori quelques ongles de pied (où va cette métaphore filée, dieu seul le sait). De temps en temps j’étais même carrément à côté de mes pompes, tellement j’y étais inconfortable.

Alors, rapidement, ma conclusion a été que ces chaussures n’étaient pas faites pour moi. Ou que je n’étais pas faite pour elles. (ce qui est un peu plus con parce que : y a-t-il une personne qui a réellement été faite pour des chaussures ? c’est une vraie question.)

Sauf que !

J’ai oublié une chose importante. La plupart du temps, les chaussures se font à notre pied à force de les porter. (sauf celles que tu achètes dans des magasins pour personne d’âge mûr, que tu ne sais pas en quoi elles sont faites mais ce n’est certainement pas du cuir, ah ça non)

Pour la majorité des chaussures, après avoir un peu douillé pendant quelques jours/semaines, on finit par y être bien, comme si elles avaient été faites pour nous, comme si on y avait toujours été aussi bien.
Et on oublie complètement comme on a eu peur qu’elles ne nous aillent jamais. Si bien que l'on retrouve avec fraîcheur la même angoisse pour tout achat de souliers neufs. Ah, l'amnésie...

Un autre exemple : ce blog. Maintenant je m'y sens très bien, alors qu'au début..

En tout cas, dans mon nouveau boulot, ça commence à s’assouplir un peu.



Voilà, c’était la parabole du mois, je retourne dans mon sous-marin


Salut !

mardi 18 octobre 2016

Salut, ça roule ?

Salut, Micheline. Quoi de neuf, depuis le temps ?

*soupir*

*pause beaucoup trop longue*

Je me lance.
Dans le grand bain, je veux dire. Professionnellement. Enfin, je me pose, je m’installe. Finis les remplacements bancals, insatisfaisants mais temporaires donc rassurants. Je vais avoir mon nom sur une plaque. Je ne vois pas ce qu’il peut y avoir de plus sérieux.

Et je fais plein d’autres choses aussi. Ici, là, ailleurs, lundi, mercredi, jeudi, le week-end. Qui est cette personne et qu’avez-vous fait de Micheline ? Depuis quelque semaines je me suis transformée en Super Micheline. Plus rapide que son ombre, appelle, décroche, prend rendez-vous, se déplace, assiste à des réunions... Piou ! Piou ! Piou ! (bruit de pistolet laser)



Je n’ai même pas le temps d’avoir peur.

Pourtant elle est là, la trouille. Cachée derrière l’estomac, je dirais. Au chaud. Et la nuit aussi, elle revient dans mes rêves. Premier jour, je fais n’importe quoi, dis n’importe quoi, ça ne va pas du tout. La sueur froide plaquée derrière la nuque.

Parfois je suis effarée par ce que je fais. Choquée. Mais qu’est-ce qu’il m’arrive ? C’est bien moi ? Je ne me reconnais pas. Mais qu’est-ce que je vais faire ? Proposer ? Je ne me rends pas compte.

Ce qui est normal car pour l’instant je suis dans la préparation, l’avant. L’annonce aux proches, aux institutions. Mais à moi ? C’est comme si je ne me l’étais pas annoncé. Comme si ça s’était fait à mon insu, pierre qui roule et boum, j’y suis. Choquée.

Enfin, bon. Je l’annonce ici aussi. Comme si, à force, ça allait finir par rentrer.

Ça rentrera bien assez tôt.

(J’ai froid dans mon ventre)



Voilà, un bilan, écrit d’un seul jet. Comme tout ce que je fais en ce moment. Je plonge. Presque sans réfléchir. Et ça me stupéfie. Autant que ça me réjouit. Et que ça me terrifie...

Bon, ça roule.

Edit : Oh !! Et bon anniversaire à mon blog !! *o**




dimanche 25 septembre 2016

Bagarre en pleine tempête

Salut, Micheline, je croyais que tu avais disparu !

Pourtant, je n'ai pas bougé !


Mais c’est vrai que ces derniers temps je me bagarrais avec la drama-queen en moi (que l’on pourrait appeler Miche-ouin-line, mais ce serait très laid). Cette bagarre m’a pris pas mal de temps et d’énergie, mais je crois que ça en valait la peine.

Mais, bon sang, de quoi tu parles, Micheline ?

Oui, alors, je resitue le contexte.
Disons que ces derniers temps, mon moral sur une échelle de Carrie Mathison à 10 était en dessous de la moyenne. Angoisse, pleurs, mal de tête, mal de ventre, mal de pied...

Si il n’y avait que ça encore, ce serait pas la panacée (super mot !) mais on s’en dépatouillerait (meilleur mot !!). Sauf que Miche-ouin-line (elle ne mérite pas un plus joli nom) se ramène pour commenter ces sensations sur le mode de la victimisation et de l’auto-apitoiement et du « on-s’en-sortira-jamais-pourquoi-mon-dieu-c'est-pas-juste-je-suis-si-triste » (oui, cette phrase mérite d'être soulignée).

(Clare Danes joue si bien !!)

Ça c’est le constat de base.

Sauf que j'ai décidé de me bagarrer pour envoyer bouler ce boulet de Miche-ouin-queen.

On se rend alors compte, si on change un tout petit peu d’angle de vue qu'il y a dans l’équation :

-  Les hormones. 
Oui, je sais, moi aussi au départ je pensais que c’était soit une légende urbaine soit le bouc émissaire parfait, genre « c’est pas moi, c’est mes hormones ! » 
Et pourtant ! (et pourtant…) Ma dernière crise de larmes était située jour pour jour… une semaine avant mes règles !! (Tin tin tiiiiin)


Evidemment, il faut relativiser et il n’y a pas que cela. Mais pour peu qu’on soit dans une période un peu fragile, il semblerait que le PMS* fasse un merveilleux incubateur à émotions pour les faire ressortir dans des proportions complètement monstrueuses. Et ça rassure. Un peu.

-  La jouissance. 
Au sens psychanalytique du terme. Si ça ne vous parle pas, je vous conseille cette petite vidéo de Mardi Noir. En gros, on jouit de son symptôme, c’est-à-dire de ce dont on se plaint. Et quand je dis « on jouit » ça veut pas dire qu’on y prend du plaisir mais plus que le seul moyen qu’on a d’être actif vis-à-vis de lui c'est de le reproduire. Donc : on déprime et notre inconscient, lui il en rajoute parce qu'il sait pas faire autrement ! 
Le jour où j’ai compris ça, ça m’a fait comme un méga soulagement. Ce pas de côté-là m’a permis, non pas de décider consciemment de ne plus me victimiser (spoiler alert : c’est impossible), mais de ne pas être dupe de ce que me raconte Miche-ouin-line. Et ça fait du bien !

-  Les automatismes de pensée.
Donc voilà, la Miche-ouin-ouin parle à tord et à travers parce qu'elle sait faire que ça.
Et qu’est-ce qu’on fait alors ? C’est là que la méditation m’a été d’une aide salutaire.
La méditation, ça ne me calme pas (Oh non !) mais ça me permet d’être en rapport plus direct avec mes sensations et mes émotions, avec mon corps. Sans commentaire. Moment après moment. On est alors surpris de voir que notre détresse est bien différente de ce à quoi on s'attendait. Plus ou moins forte. Plus ou moins profonde. Plus ou moins durable. Mais au moins ça bouge et ça nous parait plus juste.

En gros, c’est une vraie bagarre qu'il faut mener pour être présent à ce que l'on ressent. Une bagarre difficile parce que parfois on souffre vraiment, ça vient de loin, on pleure, on bave, on morve, on se noie même un peu et on a du mal à ne pas en rajouter car on a vraiment de la peine pour soi.

Mais en pleine tempête, est-ce qu’on a vraiment besoin d’une reine du drame qui crie : « oh là là, mais c’est la tempête ! On va tous mourir ! Au secours ! C’est vraiment la plus grosse tempête que j’ai jamais vu ! AAAAAAAAAAH !!!! »



Je crois qu’on a plus besoin d’être droit dans ses bottes, d'encaisser les rouleaux, de sentir le bateau tanguer, la mer rouler, attentif au mouvement du vent, des vagues, pour garder le navire à la surface.

Prêt à accueillir toute accalmie.

*Syndrome pré-menstruel. Pour en savoir plus sur les hormones, hop une petite émifion par ici

mercredi 7 septembre 2016

La menace

Poum Poum Poum Poum

Poum Poum Poum Poum

Euh… ça va, Micheline ?

Poum Poum Poum Poum

Oui, ça va, enfin…

Poum Poum Poum Poum

On s’entend pas très bien ici, non ? Y a un marteau-piqueur ou quoi ? On tape sur une grosse caisse ? Non, on dirait des tam-tams… Comme si quelqu’un avait lancé une partie de Jumanji pas loin… Il est au courant que ça finit rarement bien ?

Micheline…

Et puis ça vibre, ça résonne. Ça fait trembler ma cage thoracique à chaque coup. On se croirait à l’intérieur de la grosse caisse ! Ou alors on est sur un champ d’activité sismique très localisé ? Faudrait peut-être prévenir le JT, ça pourrait les intéresser un petit tremblement de terre qui dure depuis plus d’une semaine en Ile-de-France, c’est pas banal !

Micheline…

Ça s’arrête pas en tout cas ! C’est épuisant. Et aussi un peu inquiétant… J’espère que c’est pas un compte à rebours. Que ça va pas exploser à la fin ! En tout cas, ça se calme pas. Comment on fait pour baisser les baffles ? On s’entend pas penser !! Je vais appeler la police si ça continue.

Micheline…

Oui ?

C'est juste ton coeur, Micheline.

Ah.

C’est donc ça qui me fatigue autant…

Poum Poum Poum Poum


Poum Poum Pououm

dimanche 21 août 2016

Mon essoufflement

Il y a autre chose qui te turlupine, Micheline ?

En effet, Maigret. (cette rime est si peu de mon âge)

La dernière fois, cerner mon inquiétude d’aller me coucher m’a fait beaucoup de bien et m’a permis des soirées plus sereines, donc on va essayer de réitérer l’expérience si vous le voulez bien.
Et dans la foulée des non-conseils, je partage donc avec vous une autre des difficultés que j’ai depuis un temps relativement conséquent : mon insécurité sociale (on va dire ça comme ça).

Certains jours, mes relations avec les autres sont fluides, simples même stimulantes. Tac au tac, question, réponse, blague, séduction, pertinence, la danse s’enchaîne à merveille.


Certains jours, mes relations avec les autres sont pénibles. Et je rame toute la journée pour entrer en relation de la façon la plus appropriée qui soit. Chaque interaction me demande un effort. Je ne sais plus faire, le naturel est parti au galop. Dire bonjour à cette personne qui ne m’a pas vu ? Ou peut-être que si, elle m’a vu ? Est-ce que c’est trop tard ? Est-ce qu’il m’a entendu ? Est-ce que je devrais faire une blague ? 


J’ai récemment découvert la chaîne Youtube de Super Pépette (au moment où j’essayais d’écrire cet article). Et j’ai ensuite regardé d’autres vidéos sur les autistes Asperger. Ça m’a fait du bien. Alors, non, je ne suis pas autiste. Mais de voir que même cette personne, beaucoup plus en difficulté que moi au niveau social, pouvait s’épanouir et trouver un équilibre, et que : ça va. Comme si ça autorisait l'existence de cette part de moi.
Dans une vidéo, Super Pépette précise que dire qu'on est tous autistes revient à dire qu'on est tous asthmatiques parce qu'il nous arrive à tous d'être essoufflés. 

Je ne suis pas autiste (ni asthmatique, d’ailleurs). Mais il m'arrive, à certaines périodes, d'être essoufflée.

J’avais commencé à écrire cet article en précisant que cette appréhension n'apparaît qu’avec des personnes que je ne connais pas très bien mais que je suis amenée à revoir (type collègues de boulot). Mais en y réfléchissant c’est faux. Cette insécurité relationnelle existe avec tout le monde. Dès qu’il y a relation, c’est-à-dire dès qu’on se dit plus de 3 phrases. (C’est-à-dire, pas avec la boulangère)
Il m’arrive, même avec mes proches, de bloquer sur cette question : comment interagir ?

Que se passe-t-il précisément dans ces cas-là, Micheline ?

Dans ces moments, je ne suis pas vraiment là. Vous voyez mes pompes ? Eh bien, je suis à côté. Pas loin, hein. Mais pas dedans.

Et j’ai la trouille. Oh là là j’ai peur de dire/faire un truc de travers. Peur d’être jugée durement, d’être anormale, bête ou snob et d’être la cible des commérages à la pause déjeuner. Ou alors, plus largement et plus simplement, peur de ne pas être appréciée, acceptée et même (oserais-je le terme ?) aimée.
En fait non, je n’ai pas peur. A ce moment-là, je suis persuadée que je vais être à côté de la plaque, que j’y suis déjà. Et j’essaye de limiter les dégâts.
Alors, je suis tendue comme un arc, sur mes gardes, à surveiller mes faits et gestes comme le lait sur le feu. Je suis donc très peu spontanée. Me censure, me retiens de dire, de bouger, sors des phrases bateau, guette dans le regard de l’autre un quelconque étonnement suspect, un froncement de sourcil, une moue...


Et la journée me laisse un goût amer, colère, triste.

Encore une fois, je pense qu’il est inutile de suranalyser ce phénomène. Simplement remarquer avec joie que parfois il est là, parfois non.

Parfois j'ai l'endurance d'une marathonienne (mais alors pas du tout littéralement) et parfois je m'essouffle.

Parfois j’ai peur, et (surtout) parfois non. 


lundi 8 août 2016

Le conseil restreint

C’est quoi ton problème avec les conseils, Micheline ?


J’ai peur d’être une donneuse de conseils. Peur dans le sens « pas envie ». Pas dans le sens « j’en dors pas la nuit ». (d’ailleurs, update : j’ai beaucoup moins de mal à aller me coucher depuis la dernière fois. Très efficace, ce blog !)

Ça me parait être une peur constructive (en toute objectivité) parce que, vraiment, les donneurs de conseil me pompent l’air. J’en ai ras la casquette des articles, vidéos, tweets, citations nous disant comment vivre notre vie, être plus heureux, plus épanouis, détendus du slip.

En ce moment, j’évite (après en avoir été friande) autant que je le peux tout ce qui a trait au tutoriel pour mieux vivre sa vie. Même si c’est fait de manière drôle et fraiche, même si c’est plein de bienveillance ou même de justesse. Et ça va de la citation facebook sur fond de soleil couchant à l'interview d'un acteur qui raconte comment il a appris de ses erreurs pour en arriver là. 

Les happy endings me saoulent, les "morales de l'histoire" (en plus, c'est tout le temps les mêmes)Je leur préfère les histoires de gens qui ratent vraiment, pas pour mieux réussir, non, qui font vraiment de la merde. Qui stagnent, tournent en rond, reviennent au point de départ. Qui galèrent. Comme dans la série Girls (ou comme ce robot qui échoue à manier son spray à fromage). Comme moi, finalement ! Ça me détend, m’allège d'un poids. (et puis : c’est drôle)

Cette surabondance de leçons de sagesse m’inspire plusieurs réactions à chaud :

1.       T’es qui pour juger ma vie ? 


      Si on donne des conseils c’est parce qu’on sent que l’autre en a besoin. Et il me semble qu’on peut facilement basculer dans le côté condescendant de la force. Et je n'ai pas besoin de ça. (qui a besoin de ça ??)

2.       Et, effectivement, en comparaison, ma vie me parait bien nulle (la condescendance, c'est efficace). Je zappe les étapes données par untel pour atteindre un mieux-être et ne retiens (parfois) que le fait que cette personne va mieux que moi.

3.       Ça, va on n’a pas assez de contraintes comme ça ? Je veux dire, franchement ? Perso, il y a des jours où je n’arrive pas à mettre un pied (métaphorique) devant l’autre sans y réfléchir longuement puis me reprocher la façon dont je l’ai fait. Ai-je vraiment besoin d’un avis extérieur supplémentaire concernant la meilleure façon de marcher ? (c’est encore la notre… )

           

4.       Ça marche pas !  Même si, sur le moment, je hoche la tête avec vigueur en hurlant mentalement « Amen » sur un air de gospel, en pratique, je suis toujours la même personne, confrontée aux mêmes difficultés, avec toujours ce foutu pied à mettre devant l’autre.


Ok, Micheline, rien ne t'oblige à donner des conseils.

Mais la vérité est moche…

La vérité, c'est que j’adore donner des conseils. Vraiment, si je m'écoutais j'abreuverais le monde de ma sagesse nuit et jour. (sans aucun recul, bien sûr) (je serais in-su-ppo-rtable)

Et je les comprends, ces donneurs de leçon, ça part de la meilleure intention du monde : quand tu as eu un déclic, tu voudrais que tout le monde l’ait. T'as pas envie que les gens souffrent ou galèrent. Tu as envie de donner aux autres tes armes pour dépasser certains obstacles que tu as surmontés. Tu projettes en eux ton « toi du passé » et tente d’être la personne que tu aurais souhaité trouver à ce moment-là.

Mais, j'ai l'impression qu'on a beaucoup, qu'on a trop d'injonctions tout autour de nous. Alors, je me retiens parce qu'il me semble que l’on n’apprend jamais mieux quelque chose qu’en le découvrant par soi-même.

Donc, je me contente de restreindre mes conseils. (et de partager des anecdotes pas si anodines, de ci, de là)


vendredi 29 juillet 2016

Le soir, je bourdonne.

Bonsoir, Micheline.

Oh, salut ! Tu sais, la dernière fois je disais que je n’avais pas de propos intéressant ?

Oui…

Eh bien, j’ai un propos.



C’est une vraie peur, que je connais bien, qui est présente en filigrane sur ce blog, qui a presque toujours été là. On n’est pas dans du blabla d’intellectualisation de gnagnagna mais dans du constat, dans la description la plus précise possible d’un ressenti. (et surtout on n’est pas, mais vraiment pas, dans le jugement d’aucune sorte)

C’est l’angoisse d’aller au lit. Ou l’angoisse du soir. Déjà, il y a ce mot « soir » qui en lui-même me file le bourdon. Voir la nuit arriver me serre toujours un peu le ventre. C’est mon corps qui se tend, me dit qu’il y a quelque chose qui cloche, qui sonne mal, qui crisse. Mon ventre qui se rétracte, je commence à bourdonner. L’inconfort dans mon corps, un énervement dans mes jambes.

C’est de l’angoisse et une vague tristesse. Une mélancolie inquiète.

J’en ai déjà un peu parlé ici et ici. C’est pour ça que j’ai besoin d’un doudou. Pour ne pas voir mon inquiétude qui grandit en même temps que le jour décline.

Bien sûr c’est enfantin. « J’ai pas envie d’aller dormir. J’ai peur. » J’avais peur des fantômes mais pas seulement. J’avais peur de cette angoisse (ouiiii, la peur de l’angoisse, combo gagnant !) qui prend la gorge, tord le visage et fait compter les minutes. Angoisse flottante qui, l’imagination aidant, prend ensuite la forme de tout un tas de choses aussi malveillantes qu’inquiétantes, très sûrement tapies dans le noir.

and I was like

Il y a quand même une différence par rapport à la petite fille que j’étais (j’ai envie de dire ouf) c’est qu’aujourd’hui je m’endors vite. Je repousse le moment d’aller me coucher mais quand j’y suis, en général, je savoure le confort de la position allongée, entre le matelas et la couverture, explosée sur l’oreiller. Le repos du guerrier !

Non, c’est l’avant qui pose problème. La phase de négociation. Le : « encore 5 minutes… encore une vidéo… encore un tour sur twitter » jusqu’au moment où je me fous un coup de pied au cul. (la peur d’être fatiguée le lendemain aide pas mal, heureusement)

Pourquoi tu as peur d’aller dormir, Micheline ?

Sans suranalyser, il y a plusieurs sensations, s’enchevêtrant, l’intensité de chacune variant selon les soirs (il y a aussi des soirs où ça va, merci) :

-  Il y a le renoncement. Le fait de dire : allez, ça suffit pour aujourd’hui, rien de plus (rien de mieux ?) ne se passera dans cette journée. On ferme le livre, on rabat l’ordi, on éteint la lumière, on tire le rideau.



-  Le fait d’être confronté à soi-même. On éteint tout et qu’est-ce qu’il reste ? Moi. Et le silence. C’est plus ou moins facile.

-  La fin (la typo en gras c'est pour la facilité de lecture pas pour l'effet dramatique, promis). Simplement. La fin de la journée. Une journée, une vie* c'est le titre d’un livre qui m’a beaucoup marqué (je le conseille vivement à tout le monde). Alors bon, si une journée c’est une vie, autant vous dire que terminer la journée est un peu (ahem) compliqué.

Je n’ai pas de conseil à donner (les conseils me gonflent !!). Pas de conclusion à tirer. Juste un partage d’expérience, en ce moment je redécouvre cette peur. Je l’apprivoise, j’essaie de mieux la connaitre, mieux la ressentir. Alors je trouvais ça intéressant d’en parler ici.

Ok, peut-être que la nouveauté (je n’ai pas dit conseil, hein !) ce serait ça : juste écouter sa peur. Pour changer. Elle a quel son ? De quelle façon apparaît-elle ? Comment est-ce qu’elle résonne dans notre peau ? Non pas l'observer froidement mais tenter de la vivre, avec douceur et curiosité. 

Et c’est tout. 

(et c'est pas simple)


*Une journée, une vie. Fragments de sagesse dans un monde fou. Marc de Smedt

samedi 16 juillet 2016

Pousse

Je n’arrive plus à écrire.

Pourtant j’en ai envie, y pense, commence. Mais je n’ai pas de propos. Pas de conseil, pas d’anecdote, pas de réflexion qui vaille la peine d’être développée.

Par contre, j’ai envie de parler de mes pousses. J’ai semé des graines de thym, basilic et ciboulette (les trois fantastiques des herbes aromatiques) dans une jardinière que j’ai accrochée à ma fenêtre.  J’ai arrosé, précautionneusement, en mettant mon pouce devant le bec de mon arrosoir pour ne pas faire bouger les graines. Plusieurs fois par jour, parce qu’il a fait chaud la semaine dernière. J’ai mis un point d’honneur à garder la terre humide malgré la chaleur.


Et ça a percé. Un point vert sous la terre. Joie ! Miracle ! Le vert se fraye un chemin petit à petit. Pousse la terre pour éclore. La ciboulette est un peu à la traîne mais elle s’y est mise aussi.


Et il a fait plus froid cette semaine. Alors j’ai rentré ma jardinière la nuit, peur que mes fragiles pousses ne prennent un coup de froid. Et au premier rayon de soleil je leur fais reprendre l’air.

Chaque jour est une découverte, je n’ai jamais été aussi souvent à ma fenêtre. Avec autant d’impatience.

Je continue de les arroser, amoureusement.

Même si j’ai peur des pigeons, je ne vous le cache pas.



dimanche 1 mai 2016

Le courage d'avoir peur

Bon, Micheline, on peut revenir à la peur maintenant ?

Ok, mais c’est bien parce que j’ai quelque chose à en dire. Ou plutôt j’ai un exemple, une anecdote à partager. (oh ça faisait longtemps !!)

J'allais à un nouveau boulot (je fais des remplacements donc je change assez souvent) et je me suis rendue compte, sur le chemin, que j’étais plutôt sereine, calme, sure de moi, presque détachée. Et j’en étais rudement surprise et contente.


Mais dans le même temps (faut croire que j’étais pas dupe) un rapide scan de mon corps a envoyé bouler cette réflexion : mon ventre était tordu, mon cœur battait vite, mes muscles étaient crispés. Je claquais même des dents ! (bon il faisait froid mais quand même) Le diagnostic était clair : mon corps, lui, avait peur.

Donc, ce n’est plus la peur qui me ment, mais moi-même. Ou plutôt, et là on est clairement à un niveau inconscient (et un chouïa complexe), ce serait la peur d’avoir peur qui me ferait croire que : « non, tout va bien, même pas peur ! »

Je joue la fière, la super-héroïne en pacotille qui a les genoux qui tremblent.

Parce que, vraiment, non vraiment, malgré tout ce que j’ai pu raconter sur mon blog (ici) j’ai pas envie d’avoir peur, j’en ai marre. J’en ai assez d’avoir les chocottes. Je ne veux plus être cette personne. Parce qu’en plus si j’ai peur, on va voir que j’ai peur, j’aurai encore plus peur... (mais TG...)

Viens, on dit qu’on n’a pas peur !


Micheline, ce n’est peut-être pas si grave de se persuader qu’on n’a pas peur, si c’est pour mieux gérer cette angoisse ?

Je ne sais pas… Je suis encore en questionnement là-dessus.

La peur c’est comme un tourbillon dans lequel tu risques de tomber. Ce tourbillon c’est celui des questions, des réponses, du doute, de l’inquiétude, de l’angoisse exponentielle et envahissante qui te fait perdre pied.

La peur, elle était là. Ce n’est pas quelque chose que j’ai décidé. C’est hors de mon contrôle. Elle était là. Point.

Par contre, j’ai eu le choix de : 

- lutter contre elle, m'insurger, m'énerver, ou même juste la nier.


- l’accueillir, l’embrasser (au sens la prendre dans mes bras, pas lui faire des bisous, même si c'est pas forcément moins bizarre), d’accepter cette partie de moi. Sans en rajouter, sans intellectualiser, sans me faire un cinéma. La constater et la vivre.

Honnêtement, je ne sais pas si il vaut mieux l’accepter ou le nier (je suis tentée de dire que ça dépend. eh oui...). Et bien sûr que ce choix n'est pas aussi binaire. Tout est un peu mêlé, toujours.

Ce jour-là, j'ai tenté le choix n°2. Juste respirer et sentir que j’ai peur. Et se tenir au bord du tourbillon.

Comme je le redoutais, à partir du moment où j’ai pris connaissance de cette trouille, elle a pu se manifester, s’étendre. J’ai tremblé de tout mon corps, j’ai perdu quelques points de QI. J’ai un peu perdu pied (j’avoue, je ne suis pas un moine bouddhiste), bref ce n’était pas agréable.


Mais le courage d’avoir peur, faut croire que ce n’est pas agréable…


vendredi 22 avril 2016

Du plaisir d'envoyer ses contraintes se faire cuire un oeuf

Bon, Micheline, on termine sur le sujet des contraintes et après on revient à la peur, ok ?

Oui, oui, on verra…

L’échange que vous venez de lire est l’exemple même de quelqu’un qui essaie de se lâcher la grappe. Cette tentative sera-t-elle un succès ? Suite au prochain épisode.


(oui, je vous ai fait la blague de « ça y est l’article est fini, c’était court hein ?? »)

Resituons le contexte, si vous le voulez bien. Je suis une personne à to-do list. Sur un post-it, dans mon portable, dans un carnet, peu importe. Des listes, des listes, des listes de choses à faire, à rayer, à checker. Il y a les listes concrètes, type :

-  Faire le ménage
-  Ecrire article
- Arroser plantes
-  Faire masque pour cheveux
-  Faire les courses
-  Aller au ciné
- Méditer
-  Faire ma déclaration d’impôts


Dans cette liste, certains items sont réellement des obligations (malgré ce que j’aimerais me faire croire) ou en tout cas elles le sont pour ma sécurité judiciaire. D'autres sont des suggestions fortement recommandées par ma santé mentale (vis à vis de laquelle j'estime avoir une responsabilité)
D'autres, enfin... bon... ne sont pas forcément nécessaires.
Vous aurez remarqué (car vous êtes perspicaces) que « aller au ciné » est dans ma liste. Le divertissement est donc passé au rang de contrainte le jour où j’ai vendu mon âme au diable pris une carte illimitée.

Et il y a les listes que je n’écris pas mais qui sont plus abstraites, plus flottantes dans ma vie et dans ma tête. Ça donnerait un truc du genre :

-  Etre épanouie
-  Etre jolie
- Avoir l'air d'une fille
- Ne pas trop avoir l'air d'une fille
- Plaire aux autres
- Me plaire
-  Peser dans le game (pour autant que ça veuille dire quelque chose)
-  Rentrer dans la case
-  M’amuser
-  Etre sérieuse
-  Avoir l’air cool, en toute circonstance (pire façon d’avoir l’air cool…surtout quand on a écrit cette liste)

Et j’ai bien l’intention de tout checker parce que je suis sérieuse (check).


On peut donc aisément conclure que la contrainte fait partie intégrante de ma vie. Qu’elle vienne de l’extérieur, de moi-même, de moi qui aie intégré l’extérieur (ou d’une quelconque instance supérieure), j’ai toujours un truc à faire, un truc sur le feu. Toujours un truc à améliorer, à jauger, à juger.

Le problème des dites contraintes (en plus du fait d’être inépuisables et inévitables) c’est qu’elles mènent assez rapidement à la culpabilité. La  procrastination ? Très peu pour moi. Ou alors elle est vraiment très peu confortable (comment ça, c’est le principe de la procrastination ?). Or, moi, je vous rappelle que je cherche le confort.

Et puis, un soir où je glandais, j’ai essayé de profiter, de me lâcher la grappe. De ne pas me dire que je devrais écrire un article parce que ça fait 1 semaine que je n’ai rien écrit ou que je devrais prendre mes billets de train parce qu’ils vont être plus chers ou que je devrais être sortie parce qu’on est vendredi soir et que « qu’est-ce que je fous là, à perdre mon temps ?? ».

Juste mater Buffy en checkant internet, en buvant une tisane, bien dans mon canap, enfoncée jusqu’au cou dans le confort matériel et –j’ose le dire- psychique. Chill, pépouze, oklm, soupir de contentement.

J’en aurais roucoulé de plaisir. (si j’avais été un pigeon).

Tout ça pour dire que, certes, les contraintes sont inévitables mais que réserver des moments pour les mettre entre parenthèses offre un réel plaisir et un profond soulagement.

Oui, en reformulant c’est bien ça : se contraindre à mettre de côté la contrainte. Pour l’instant j’ai que ça. (et c’est un peu le principe de la méditation, by the way)


Bref…
(cette personne est l'actrice qui jouait Sabrina, l'apprentie sorcière. 
On peut se quitter là dessus sans regret)

dimanche 10 avril 2016

Atterrissage forcé dans un trou d'aiguille

Yo, Micheline, ça gaze ?

Ça farte pas mal et toi ?

Oui, merci. On parle de quoi aujourd’hui ?

Les mots-clefs du jour sont : contraintes, surmoi, exigences à tire-larigot, perfection. Et je ne sais pas très bien dans quel ordre.

Globalement, ce sont ces moments durant lesquels tu n’arrives pas à aboutir à quelque chose parce que ce n’est jamais assez bien. Que ça ne plaira pas à untel. Que ce n’est pas ça, ce n’est pas exhaustif, ce n’est pas parfait.

Globalement, c'est donc cette partie de moi qui juge durement ce que je fais (aussi appelé Surmoi ou SuperNanny selon tes rèf) et surtout les moments où cet aspect part complètement en couille et me perd largement en cours de route.




Ok, un exemple. Cet article. Il n’est pas terrible et j’ai eu beaucoup de mal à l’écrire parce que je l’écrivais, je le relisais, je le critiquais (pour une raison x), le réécrivais, le trouvais encore plus mauvais (pour une autre raison y) et je l’effaçais (pour une raison z)

Et, allez, un 2ème exemple (cadeau) : trouver une tenue pour une occasion spéciale (type représentation sociale : mariage, baptême, enterrement, brevet des collèges…). Je choisis une robe puis me dis que ça ne va pas plaire à [membre de la famille quelconque] alors je change pour un short et je me dis que ça fait trop [adjectif quelconque] alors je change et je me rends compte que ça ne me plait pas à moi… Alors je pleure (parce que je suis mature).

Dans les deux cas je me complique la vie à mort (la vie à mort… ça ferait une bonne chanson d’Obispo, ça). Trop ceci, pas assez cela. Un peu à gauche, non un chouïa à droite. (Redresse, bon sang redresse !!)




C’est-à-dire que j’ai l’impression de devoir faire atterrir un boeing dans un trou d’aiguille (il parait qu’on dit un chas) avec une marge de manœuvre ridiculement petite et pas le droit à l’erreur. Et qu’en plus ce chas d’aiguille bougerait. 

Tu l’auras compris, c’est impossible, et on va voir pourquoi (encore plus, je veux dire).

En soi, Micheline, c’est pas forcément un problème, c’est bien d’être exigeant avec soi-même…

Il y a quand même quelques petits inconvénients quand cette exigence s’emballe et n’est plus dictée que par la peur… Parce qu’alors je me rends compte que ces contraintes qui constituent ma check-list de l'angoisse, elles sont :

-          Infinies. Il y en aura toujours de nouvelles. Comme l'univers, mon surmoi semble avoir une capacité d'expansion perpétuelle (oui, mon surmoi est comme l'univers...)Il est donc sans limite pour trouver ce qui ne va pas ou la façon dont une chose pourrait être améliorée. Donc à ce rythme là, il sera plus rapide de vider l’Atlantique à la petite cuillère (pour le mettre où, je n’en ai pas la moindre idée) que de réussir à être satisfaite.

-          Changeantes. Histoire que ce soit vraiment impossible de rentrer dans ce chas d’aiguille... ce qui sera un jour un critère super positif sera, le lendemain, le pire des critères négatifs. Donc la case absurdement petite dans laquelle j'essaie d'atterrir change, en plus, sans arrêt de place. Génial comme casse-tête ! Ce qui fait que je ne m’ennuie jamais quand je suis dans cet état d’esprit. (Super !!)



-          Inévitables. Au bout d’un moment (quand même) je me dis : « ras la couenne des contraintes, je reviens à l’essentiel, à ce qui fait sens au départ, ce qui me parle. » Et… je n’y arrive pas !! J’ai si bien intériorisé ces exigences extérieures que je suis incapable de savoir ce qui me plait réellement à moi… Je le vis même comme la contrainte ultime ! Et comme il m’est impossible de la satisfaire, je ne vous cache pas que mon estime de moi descend en flèche (comme mon boeing, qui s’écrase).

Donc on récapitule (et on souffle un coup) : quand l’angoisse prend le dessus, les impératifs se téléscopent, se contredisent, se multiplient, s’articulent dans un brouhaha étrangement organisé mais contre-productif et impossible à contenter. Et (parce que ce serait trop simple) quand on essaie d’en sortir, on rajoute une couche supplémentaire à ce blocage.

Pour l’instant on va arrêter là le désastre constat. Pas de conseil, parce que ce serait rajouter un niveau supplémentaire à ce surmoi tyrannique. Mais déjà constater, c’est déjà pas mal, non ?


Tschüss ! (like si toi aussi t'as fait allemand LV1)

samedi 26 mars 2016

Inter-doudou-net

Pour être honnête, Micheline, je ne vois pas le rapport entre ton conseil de retrouver ce qui nous donne envie et ton exemple de ne pas arriver à éteindre l’ordinateur.

C’est peut-être parce qu’il n’y en a pas.


Ce conseil ne vaut effectivement pas pour toutes les situations. En l’occurrence, dans le cas d’internet, je n’ai pas l’envie de le quitter à ce moment-là. C’est plus une situation dans laquelle je me donne un choix qui n’est pas raisonnable. Il n’est pas raisonnable de rester sur internet alors que je suis fatiguée, que j’ai mal au dos, que je n'y suis plus bien, que je dois me lever le lendemain, que je sais que j’ai besoin de sommeil pour fonctionner au mieux, pour être au mieux dans ma peau.

Mais. Mais là, il n’est pas question de raison. Il est question de compulsion, de doudou, de boulimie, d’angoisse.
A ce moment-là, j’ai un rapport glouton à internet. Je n’ai pas faim mais j’en mange encore. J’ai mal au ventre mais je m’en ressers une tranche.



Mais pourquoi tu n'éteins pas, Micheline ?

Parce que, alors, internet a plusieurs rôles pour moi. Tous en lien avec… ouiii !!! avec la peur !!!

-  Un divertissement

Le plus évident. Se divertir, faire diversion, regarder ailleurs pour ne pas voir le problème. Disons procrastination, disons évitement, disons « oh regarde, derrière-toi ! » *disparition*.


Avant j’avais la télé. J’ai aussi eu les Sims (encore avant j’avais les Playmobils, mais ne nous leurrons pas c’est exactement pareil). Tous ces moyens de m’extraire de la réalité, de m’oublier et de me plonger dans un imaginaire, dans un ailleurs.
Et c’est bien, le divertissement, c’est sain. En tout cas, visiblement, j’en ai besoin pour survivre puisque je trouve toujours quelque chose qui fasse cet office.
Non, c’est juste un peu embêtant quand ça prend le pas sur cette réalité, quand je n’arrive pas à éteindre pour revenir dans mon corps, dans ma tête, dans mes chaussettes et dans ce dont j'ai essayé de détourner mon attention.
Et aussi quand le divertissement que je choisis n’est pas validé par la snob qui est en moi (soit me retrouver à mater un sketch moyennement drôle au lieu de continuer ma lecture de Proust). Ça aussi, ce n’est pas très agréable.

-  Un palliatif

Plus précisément, palliatif à la solitude dans mon cas. Vous vous rappelez quand on parlait compromis ? Faire des compromis, pour moi (et contrairement à ce qu'on a l'habitude d'entendre), c’est une bonne chose. C’est mieux que de ne rien faire.
Donc voilà, il y a des moments, des périodes durant lesquelles je suis seule. Non, on reformule. Il y a des moments, des périodes durant lesquelles je me sens seule. Et, ne tournons pas autour du pot : ça me rend triste. Dans ces moments, ces périodes, internet c’est l’extérieur, c’est le monde, c’est les autres gens. Je me sens alors un peu moins seule. Et donc un peu moins triste (ce qui, à mon avis, est toujours bon à prendre)
Le seul souci c’est que cette sensation n’est, en général, que temporaire. D’où la difficulté d’éteindre. (on n'est pas loin du divertissement, là aussi)
Mais, heureusement, parfois ça permet de réaliser des trucs. C’est un peu pour ça que j’ai commencé mon blog : m’exprimer et créer du lien, sur un mode que je ne trouvais pas en dehors de l’écran. Et alors là, on n’est carrément plus dans du palliatif. J


-  Un doudou

Quand j’étais petite, j’ai longtemps sucé mon pouce (#confessions). Et après, j’ai dormi avec un nounours pendant un peu plus longtemps que la moyenne. Le truc c’est que j’avais vraiment très peur de m’endormir (ou plutôt d’éteindre la lumière et d’attendre)
Une vingtaine d’année plus tard (oui, je parle de maintenant) je me surprends, dans des moments un peu inconfortables d’angoisse du lendemain, à scroller mon fil twitter dans mon lit, juste avant d'éteindre la lumière. Certes, pour retarder le moment d’éteindre et de me retrouver face à ma nervosité (soit le rôle de divertissement, si tu as bien suivi -> bravo !) mais un peu aussi par réflexe. Par automatisme. Comme quand je mettais mon pouce dans ma bouche ou quand je cherchais mon doudou sous la couette. Un genre de rituel magique qui tient l’angoisse à distance, sans même que j’en aie conscience. Un soulagement du corps plus que de l'esprit. 

C’est tout ça qui fait de mon internet un truc rassurant, confortable et chaud. Enfin, confortable jusqu’à ce qu’il ne le soit plus. Mais ça, c’est comme une bouillotte.

Au bout d’un moment, elle n’est plus chaude.

(c’est tout pour moi, merci !)